Arrêtons les violences !

Pourquoi y aurait-il nécessité d’énoncer une proposition aussi évidente, « Arrêtons les violences* » ? C’est que notre société ne transmet plus ses interdits.

En 2008, lorsque, insupporté par l’asymétrie des comportements masculins/féminins dans les couples que je suivais en thérapie, je publiais un « coup de gueule » : Les Violences ordinaires des hommes envers les femmes**, j’insistais sur le terme ordinaire qui soulignait la banalisation du sens quasi-unique des violences dans les couples de sexe différent : des hommes envers les femmes ! À la publication de ce livre, j’ai tout de même été très surpris – au-delà des encouragements, car on était bien avant les # – de la réaction de beaucoup d’hommes – et pas des moins réfléchis : « Tu sais bien que c’est l’inverse ! », « Quand est-ce que tu écris la suite, des femmes envers les hommes ? » Cette croyance qu’il existerait une violence féminine insidieuse mais permanente, qui justifierait celle des hommes, est malheureusement très répandue. Je fais l’hypothèse que cette croyance est un avatar de la méfiance des hommes envers les femmes qui tentèrent heureusement de se rebeller pendant des millénaires. Il est par ailleurs certain que la violence n’est pas d’un seul côté, mais certain également que l’asymétrie est trop forte, car elle procède d’une domination masculine*** toujours présente et tellement quotidienne.

En ce début du XXIe siècle on peut clairement affirmer qu’il existe un avant et un après #. Si les réseaux sociaux – qui n’ont que 20 ans d’âge – connaissent des excès, ils permettent cependant de considérablement faire bouger des positions jusqu’ici inamovibles et aident à l’évolution des mentalités. Depuis une cinquantaine d’années (contraception et légalisation de l’avortement) nous sommes entrés dans une période à valeurs féminines dont certains hommes ont du mal à prendre conscience. Ces valeurs sont celles de l’écoute et de la considération de tous les individus, quel que soit leur sexe, leur appartenance, leur orientation sexuelle. Il est certain que le mot « victime » n’existait pas dans le même sens auparavant.

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Lancé en 2007 par la militante féministe américaine Tarana Burke, le mouvement #MeToo encourage la prise de parole des femmes. Il est évident qu’auparavant, et « sous domination masculine », la parole d’une femme n’avait pas la même valeur, ni le même poids, que celle d’un homme. Les études linguistiques ont bien montré, quelle que soit la langue, la prise de parole majoritaire par les hommes qui pratiquent également l’interruption du discours féminin. S’en sont suivi de nombreux hashtags, #MoiAussi au Québec, #BalanceTonPorc en France, #ThisIsNotConsent, #JaiPasDitOui et, plus récemment #MeTooInceste en janvier 2021 en France, à la publication de La Familia Grande de Camille Kouchner, permettant la prise de conscience de l’importance de la fréquence de l’inceste, un phénomène à l’ampleur méconnue : un Français sur 10 affirme avoir été victime d’inceste dont 78% de femmes (IPSOS, nov 2020). Une proportion qui augmente dans le temps (3 % seulement osaient déclarer avoir été victime d’inceste en 2009, 6 % en 2015, 10 % en 2021) à la mesure de l’évolution du regard et de l’écoute que la société permet aujourd’hui à la parole des victimes pour s’exprimer.

Cette profonde révolution des mentalités, des consciences, voire des identités, met à mal les positions traditionnelles masculines et féminines. C’est d’ailleurs l’objet même de la révolution voulue par le mouvement du déconstructivisme social, issu des campus américains. Puisque la société est socialement construite mais inégalitaire, il suffit de la déconstruire pour ensuite la reconstruire avec de nouvelles valeurs. Ce qui explique la grande difficulté pour chacun aujourd’hui à se situer car nous serions dans la phase de déconstruction. Cette révolution déconstructiviste a commencé avec les études sur le genre, elle se poursuit avec le déconstructivisme racial. Les jeunes générations, fortement ancrées dans un féminisme salutaire pour un rééquilibrage des pouvoirs entre le masculin et le féminin, commencent à être conscients de l’implication genrée de cette révolution.

Arretons les violences

L’affirmation d’Angèle dans le tout récent numéro du magazine Le Point (2 déc 2021) est très explicite à ce propos en mettant cette phrase en tête d’article : « Je n’aimerais pas être un homme de 50 ans aujourd’hui ! » Et sa lucidité souligne les positions radicales de sa génération : « Je suis trop jeune pour avoir des réponses sur l’amour. Tout ce que je sais, c’est que l’idée du couple est en train d’évoluer et que c’est lié au combat contre le patriarcat. Je ne pense pas que ce soit plus difficile pour les garçons aujourd’hui, la question du consentement relève du bon sens, ce n’est pas si compliqué de demander si l’autre a envie d’aller plus loin… » Et elle précise combien le changement lui semble difficile pour les boomers : « Le changement fait peur, surtout quand on a vécu toute sa vie d’une certaine manière et qu’on peut tout à coup perdre ses privilèges (…) Je vois parfois l’inquiétude dans le regard de boomers qui n’ont jamais eu à se poser ces questions… »

C’est bien la place des hommes qui est mise en cause aujourd’hui. Le dilemme est ancien – plusieurs décennies – mais non résolu. Quel est cet homme nouveau attendu par son/sa partenaire ? Un homme respectueux, bien évidemment, mais quelle attitude avoir dans la séduction, dans l’approche amoureuse, dans la relation à l’autre ? La pulsion s’accommode mal des interdits et nous voyons de plus en plus d’hommes jeunes « perdre leurs moyens émotionnels » dans l’intimité de la relation. La nature a « mal fait les choses » en programmant l’interruption de l’excitation masculine lorsque se présente un danger. Ce qui, en milieu naturel, est un facteur de survie, devient un handicap relationnel. Et l’homme émotif défaille lorsque son aimé(e) se rebelle. C’est le fiasco amoureux si bien décrit par Stendhal. Ah, me direz-vous, juste retour des choses ! Rien ne peut justifier un retour à la domination mais les hommes ont aujourd’hui une nouvelle manière d’être à trouver pour combiner respect, mesure et excitation.

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Une nouvelle lecture de cette virilité nous est subtilement offerte, dans son nouveau livre Viriles comme Vénus****, par Mariette Darrigrand qui sait mieux que quiconque faire parler les mots : « À l’heure de #MeToo, la virilité fracture et enflamme la société (…) Remontons un peu à la source. À son origine, ce terme (virilité) n’était pas genré. La virilité était une énergie vitale partagée par les hommes et les femmes. » La sémiologue nous rappelle que, dans la langue française, la racine indo-européenne vis a aussi bien donné viril et vertu car la virilité était une vertu, « mélange du courage physique et du courage mental », à l’origine une force incarnée autant par les femmes que par les hommes. C’est l’antiquité romaine qui a assimilé la virilité au corps masculin « parce que l’histoire s’est racontée du côté des hommes ».

Dans la grande période d’incertitude que nous connaissons, Mariette Darrigrand préconise aux hommes et aux femmes une réappropriation de la virilité de manière partagée. Elle rappelle que jusqu’à la renaissance viril s’écrivait virile avec un e terminal. Pourquoi pas une virilité mixte ?

 

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*Arrêtons les violences ! Site informatif du gouvernement : www.arretonslesviolences.gouv.fr ; ** Les Violences ordinaires des hommes envers les femmes de Philippe Brenot, Odile Jacob, 2008 ; ***La Domination masculine de Pierre Bourdieu, Seuil, 1998 ; ****Viriles comme Vénus de Mariette Darrigrand, Équateurs, 2021.

 

 

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